K7 live (Androidia flux 005 / VISA) - jaquette dépliante, de nombreux tirages depuis 1983. Epuisée. L’intégralité des morceaux se retrouvent sur le CD "La Bataille de Palikao".

BÉRURIER NOIR : François, chanteur, seul rescapé de l’époque des galères, plus Loran, ex-guitariste en titre de Guernica, aujourd’hui dissous ; suite et dissidence des Béruriers, une musique minimaliste et une présence scénique « théâtre de force » : masques, attitudes, décors.
François : « Les Béruriers se sont formés en 1978 à l’instigation d’Olaf Freud. C’était un groupe de banlieue classique, avec guitare, basse et batterie, très chaotique et qui splitta assez rapidement. Vers 1980, les nouveaux Béruriers étaient composés d’une boîte à rythmes (la célèbre Dédé), deux guitaristes (Olaf Le-Grand-Dit-Le-Penseur alias Dieu et Pierrot Le Fou) et moi au chant. On a donné un certain nombre de concerts exclusivement dans les squatts, à Ris-Orangis, rue Vilin, aux Cascades. Personne ne comprenait, on avait des bananes mais on ne jouait pas une musique de bananeux. Notre musique était lente, lourde, dépressive, proche du coma éthylique. L’un d’entre nous, Pierrot, a fini en désintox à cause de l’alcool après plusieurs tentatives de suicide, une désertion et un séjour dans un H.P. C’est Loran qui a pris sa place à la guitare. Quand Olaf nous a envoyé sa lettre de démission par - 20°, d’Allemagne, à l’armée, en décembre 82, nous n’étions plus que deux. On a tenu à donner un concert d’adieux, et comme l’événement se plaçait sous le signe du deuil, on s’est appelés : BÉRURIER NOIR ».
Loran : « En fait, ce fut le premier vrai concert. La réaction des gens fut telle, que nous décidions le soir même de continuer. Ce devait être le seul et unique concert de BÉRURIER NOIR. Un acte. À la fin, le public est venu nous encourager à continuer le groupe. CE que nous avons fait. C’est grâce à la solidarité de ce public que ce concert d’adieux marque en fait la naissance de BÉRURIER NOIR, à l’usine Pali-Kao le 19 février 1983. Puis nous avons démarché auprès des labels indépendants, mais tous ont refusé. Seul V.I.S.A, qui éditait les cassettes de groupes se produisant à Pali-Kao, accepta de sortir la nôtre ».
François : « Notre deuxième concert, on l’a donné dans une manifestation organisée par Art Béton. Au programme, il y avait aussi Les Maîtres, Lucrate Milk, des graphistes et un défilé de mode. Il y a eu environ 1.000 personnes. En fait, on s’est rendu très vite compte, dès les premiers concerts, que le bouche à oreille jouait en notre faveur, et qu’un nombre grandissant de gens nous suivait. Un mythe avait survécu aux anciens Béruriers, celui d’un groupe bourré sur scène, brûlant le drapeau français, se cognant la tête contre les enceintes. On récoltait comme ça tous les oufs de la ville, les pechtards et les clodos ».
Pali-Kao ? : Au début des années 80, l’Usine Pali-Kao (22, rue de Pali-Kao, Paris XXe) était reconnue comme un lieu d’avant-garde artistique accueillant des performances non conventionnelles. L’association VISA (Visuel Image Son Archive) y organisa le premier concert de Bérurier Noir ainsi que d’autres festivals auxquels le groupe participa (Stratigraphie n°1, Rising Free...).
Pali-Kao (ou Baliqiao) ? : Bourg de Chine à l’Est de Pékin. Victoire franco-anglaise sur les Chinois, en 1860 où se distingua le Général Cousin-Montauban.
Propos enregistrés après les concerts à Paris (19 février et 1er juin 1983) :
"Lobotomie, ça m’a franchement fait chier !"
"Ça m’a vraiment étonné parce qu’il y avait de tout dedans... et au début, je croyais qu’ c’était un truc complètement fasciste, et après je comprenais plus rien, et après je suis sorti, j’ai vraiment rien compris tu vois."
"Je veux dire, ça peut pas être Stal."
" Et puis à Art Béton [concert du 1er juin], y’ avait une super grande scène. Et en fait, t’avais un côté beaucoup plus impressionnant qu’à Pali-Kao [concert du 19 février]"
"Dans les textes, ça fait vachement attirance pour tout ce qui est force et tout ça."
"C’est vachement viril ce que vous faites !"
"Je m’en fous à la limite, tu vois, je veux dire, je n’ai rien à voir avec ça, enfin c’est faux un peu c’ que je dis parce que..."
"Je vais jamais aux concerts parce que ça m’emmerde prodigieusement, pour moi ça m’emmerde d’aller voir des gens qui chantent."
"Frères d’Armes, ça j’ai trouvé ça émouvant, tu vois, comme une chanson et puis même la gueule que t’avais (...), c’était vachement ambigu, tu vois, on ne te reconnaissait plus du tout. C’était vraiment bizarre..."
"Vachement décadent !"
"C’est grotesque ce que vous faites à la limite, se déguiser, crier, faire des grimaces, c’est grotesque."
"J’ veux dire... vous mettriez des porte-jarretelles, ce serait pareil. Ça ferait le même effet."
"La grosse bonne femme, la bière, les mitraillettes."
"C’était carrément malsain, je veux dire."
"C’était sordidos !"
"Ça fait méchant..."
"Enfin, je sais pas, j’ai même pas regardé jusqu’au bout, parce que bon, c’était pas..."
"T’avais un côté émotif avec les Béruriers."
"Vous êtes plus intellectuels que les Béruriers."
"Je trouve pas ça ambigu, mais c’est super ambigu si tu veux."
"Insatisfaction"